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(1870-1970)

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Nécessité du pacte d’honneur PDF
Written by l'Orient le Jour - Michel Touma   
PERSPECTIVES - Face à la persistance des visées syriennes et à la menace fondamentaliste, le camp souverainiste appelé à accorder ses violons
De la nécessité d’un pacte d’honneur entre le CPL et les composantes chrétiennes du 14 Mars
L'article de Michel TOUMA


Avoir une vision essentiellement communautariste – pour éviter d’employer le terme « confessionnelle » – de la situation libanaise suscite parfois des réactions répugnantes de la part de ceux qui limitent leur perception du politique à une démarche exclusivement intellectuelle, occultant ainsi un peu trop certaines réalités objectives. Un observateur averti qui suit de manière plus ou moins continue les soubresauts qui secouent régulièrement l’ensemble de la région moyen-orientale ne saurait nier l’évidence. Cette partie du monde est en effet ébranlée par divers courants centrifuges, comme l’a été d’ailleurs l’Europe de l’Est au début des années 90, dans le sillage de l’effondrement de l’empire soviétique. Des tensions perlées sunnito-chiites (particulièrement vives en Irak et au Pakistan) jusqu’au net renforcement, un peu partout, des mouvements fondamentalistes, voire même salafistes, en passant par la nouvelle radicalisation de la Révolution islamique en Iran ou l’agressivité croissante dont sont la cible les coptes en Égypte, les sources d’inquiétude pullulent et se font de plus en plus pesantes.


Dans une telle conjoncture à caractère entropique, la vigilance reste de mise. Le dernier communiqué mensuel de l’Assemblée des évêques maronites, mettant en garde contre la monopolisation des nominations au sein de l’administration publique par une seule communauté, a certes abordé un problème ponctuel, mais il pointe aussi du doigt, en filigrane, des appréhensions profondes quant aux fondements de la formule libanaise de convivialité. Et c’est dans ce contexte bien particulier qu’interviennent les efforts déployés par les composantes chrétiennes du 14 Mars en vue d’unifier leurs rangs, dans le cadre de leur alliance avec le Courant du futur et le PSP de Walid Joumblatt. Une question fondamentale se pose cependant sur ce plan : ces efforts d’unification visent-ils à bétonner la position chrétienne ou, plutôt, à frapper encore plus d’ostracisme le général Michel Aoun ? Cette interrogation en entraîne une autre : le chef du CPL est-il frappé d’ostracisme, au niveau du paysage politique chrétien, parce qu’il a rejoint le camp du 8 Mars, ou a-t-il, au contraire, été contraint de conclure un accord avec le 8 Mars parce qu’il est frappé d’ostracisme ?


Pour éviter tout procès d’intention à ce propos, la réponse à cette double interrogation devrait se fonder, au-delà des considérations politiciennes, sur la ligne de conduite de base du CPL pour tout ce qui touche aux questions fondamentales qui demeurent en suspens sur la scène locale. Force est de relever toutefois que par son comportement politique actuel (et le meeting d’hier en apporte la preuve), le général Aoun donne la perception (juste ou erronée, cela reste à démontrer) qu’il considère que le contentieux avec Damas a été clos avec le retrait du dernier soldat syrien du territoire libanais, le 26 avril 2005. Or tout indique que la Syrie n’a nullement abandonné ses visées hégémoniques sur le Liban, lesquelles remontent – soit dit en passant – aux années 50 du siècle dernier. Le mutisme total observé par le général Aoun au sujet des manifestations quasi quotidiennes de ces visées hégémoniques ne peut être donc que troublant, même si l’on accorde au chef du CPL le bénéfice du doute.


L’un des principaux pôles de l’Alliance du 14 mars nous confiait il y a quelques jours que les deux réunions élargies tenues par les composantes chrétiennes du courant souverainiste (dont la dernière en date a eu lieu le 30 avril aux Cèdres) répondent à une volonté certaine de mettre un terme à la dispersion des rangs chrétiens. Et d’ajouter que si le général Aoun a été exclu de cette initiative, c’est précisément parce qu’il se retrouve objectivement dans le camp du 8 Mars. Sur le plan du principe, ce ne serait peut-être pas une mauvaise chose que deux, ou même trois fractions chrétiennes suivent des voies différentes en termes d’alliances politiques. Le pluralisme n’est-il pas source de richesse et l’expression de la libre pensée ? À la condition impérative, toutefois, qu’une plate-forme commune d’ordre stratégique – un véritable pacte d’honneur, en quelque sorte – soit dégagée concernant les grandes options nationales de base, en l’occurrence la nature des rapports avec Damas, le nécessaire équilibre intercommunautaire au niveau du pouvoir, le respect des particularismes libanais, la sauvegarde des libertés publiques… Une telle diversité impose aussi, et surtout, d’étouffer dans l’œuf, sans délai et en toute urgence, les tensions partisanes inexcusables, et en aucune façon justifiable, qui se manifestent sur le terrain, dans les campus universitaires, dans les écoles, dans les milieux de la jeunesse.


Les dénominateurs communs qui existent objectivement entre le CPL et l’Alliance du 14 mars sont de loin plus consistants que ceux qui lient le courant du général Aoun au Hezbollah. Si un document politique conjoint a pu être élaboré avec sayyed Hassan Nasrallah, un pacte d’honneur devrait a fortiori pouvoir être conclu avec les composantes chrétiennes du 14 Mars. Toute négligence d’une partie ou d’une autre sur ce plan refléterait une attitude en tout point irresponsable. D’autant plus irresponsable, dans une perspective historique, que les desseins hégémoniques syriens se manifestent quotidiennement et que, parallèlement, les nuages fondamentalistes et islamistes ne cessent de s’amonceler dangereusement à l’horizon régional.

Michel TOUMA

 
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