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"Most of the greatest evils that man has inflicted upon man have come through people feeling quite certain about something which, in fact, was false."
Bertrand Russel
(1870-1970)

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Written by l'Orient le Jour   
ÉCLAIRAGE - Lectures croisées entre un responsable du CPL et un ministre du 14 Mars
Entre le Hezbollah et le CPL, de simples divergences ou un malaise plus profond ?


En plus d’avoir secoué tous les Libanais, les événements de jeudi dernier ont-ils sonné le glas du document d’entente signé entre le CPL et le Hezbollah le 6 février dernier ? Les forces du 14 Mars en sont convaincues et recensent plusieurs points de divergence entre les deux parties, couronnés par la manifestation du 1er juin et qui, selon elles, a montré que ce document n’a pas protégé les régions chrétiennes de la fureur des chiites, révoltés par un sketch critiquant Nasrallah. Les forces du 14 Mars détaillent longuement ces incidents, insistant sur certains faits et amplifiant d’autres pour affirmer que le fameux document d’entente présenté au moment de sa signature par le général Michel Aoun et sayyed Hassan Nasrallah comme le début d’un processus d’entente nationale irréversible est, en fait, une alliance ponctuelle.

 

Un ministre du 14 Mars estime ainsi que depuis quelque temps déjà, les divergences entre le CPL et le Hezbollah se sont multipliées, creusant le fossé entre les deux parties. Le ministre évoque les derniers incidents au Sud et les tirs de katiouchas suivis d’une riposte du Hezbollah. Selon lui, cette échauffourée a montré que le Hezbollah n’est pas hostile au maintien des armes palestiniennes hors des camps, alors que le CPL, lui, y est carrément opposé. Le ministre poursuit son exposé en évoquant le dossier de la présidentielle, dans lequel, selon lui, le général Aoun aurait été lâché par le Hezbollah, sans compter la question de la résolution 1680, accueillie favorablement par le général Aoun alors que le Hezbollah y est fermement opposé. Le ministre évoque aussi la position vis-à-vis du gouvernement, dont Aoun réclame la chute alors que le Hezbollah y maintient ses ministres. La même source conclut en rappelant le vote du Bloc de la réforme et du changement en faveur du rejet du mandat d’arrêt contre Walid Joumblatt, alors que le bloc Hezbollah s’est abstenu.

Gebrane Bassil, responsable des relations politiques au CPL, a toutefois une toute autre lecture. S’il reconnaît que les incidents de jeudi ont créé un malaise au sein de la base chrétienne du CPL, il affirme qu’ils ont été vite circonscrits. Selon lui, la dernière conférence de presse de sayyed Nasrallah, à laquelle le général Aoun a aussitôt répondu, a permis de replacer les incidents dans leur contexte véritable. Bassil affirme que Nasrallah a assumé avec beaucoup de courage sa responsabilité indirecte dans les incidents de jeudi en présentant ses excuses et en promettant de dédommager ceux qui ont souffert des débordements de ses partisans. De plus, selon Bassil, il est clair qu’il ne s’agit pas, comme ont voulu le montrer certaines parties au sein de la majorité actuelle, d’une agression des chiites contre les chrétiens, mais d’une réaction d’une partie de la population qui s’est sentie insultée dans ses croyances et qui finalement s’est surtout autoflagellée.
Bassil ajoute que les incidents de jeudi ont montré la nécessité de consolider encore plus le document d’entente. « Ce document, dit-il, a protégé les anciennes lignes de démarcation. Mais c’est la majorité actuelle qui a amplifié les incidents dans une tentative de récupération politique. La sécurité relève de la responsabilité du gouvernement et de la majorité en particulier. Au lieu de chercher à attiser le feu, le pouvoir aurait mieux fait de demander des comptes à ses ministres. »

Au sujet du dossier palestinien, Bassil a une position nuancée. Selon lui, le Hezbollah n’est pas responsable de la sécurité au Sud. « Il s’est contenté de riposter à une attaque israélienne et il n’a jamais dit qu’il entraverait la solution proposée pour mettre un terme aux armes palestiniennes hors des camps. Mais c’est au gouvernement de proposer une telle solution. Lorsqu’on atteindra ce stade, on verra s’il y a entre nous une divergence réelle sur ce dossier », précise-t-il.

Au sujet de la résolution 1559, Bassil estime que le Hezbollah, aussi bien dans le document d’entente que dans le cadre des séances de dialogue national, a accepté l’établissement de relations diplomatiques et la délimitation des frontières entre le Liban et la Syrie. « Le Hezbollah, dit-il, considère toutefois que le fait de recourir au Conseil de sécurité sur un sujet aussi délicat ne peut que provoquer la méfiance et la colère des Syriens. De notre côté, nous pensons que le Conseil de sécurité a donné ainsi un signal favorable envers la souveraineté du Liban, mais il est dépourvu de tout pouvoir exécutif. »


Bassil reconnaît une divergence sur la position à l’égard du gouvernement. Le CPL souhaite son départ le plus tôt possible, car il estime qu’il est dépourvu de légitimité populaire, d’une part, et d’un projet cohérent, de l’autre. Le Hezbollah, lui, y maintient ses ministres. Selon lui, la manifestation du 10 mai a permis de montrer la fragilité de ce gouvernement. Mais aussi bien Aoun que Nasrallah savaient qu’elle n’aboutirait pas à la chute du gouvernement. Bassil affirme que le départ du gouvernement n’est pas un but en soi. « Nous voulons un gouvernement qui reflète la réalité politique sur le terrain et qui puisse agir », précise-t-il.
Enfin, au niveau du dossier de la présidence de la République, Bassil considère que la question de l’appui au général ne s’est pas posée car le débat n’a jamais atteint ce stade. « Les forces du 14 Février n’ont pas pu s’entendre sur un nom unique. Elles en ont proposé plusieurs et l’affaire en est restée là », affirme-t-il.
En conclusion, Bassil reconnaît l’existence de divergences, mais il pense que le document d’entente est bien plus profond et plus solide que des questions d’actualité. « Nous avons voulu donner une chance au pays d’éviter la discorde. Nous avons aussi parié sur la libanité du Hezbollah, et celui-ci a transformé sa logique offensive en stratégie de défense. La Résistance est désormais limitée dans l’espace et dans le temps, et tous les Libanais reconnaissent l’existence d’un territoire encore occupé par Israël. En somme, par ce document, nous avons pavé la voie au dialogue... » Il conclut en rappelant qu’il ne s’agit pas d’une alliance pour que les positions soient identiques.

L'article de Scarlett HADDAD

 
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