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"Most of the greatest evils that man has inflicted upon man have come through people feeling quite certain about something which, in fact, was false."
Bertrand Russel
(1870-1970)

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Kanaan: Cessons d'utiliser le Liban comme un slogan PDF
Written by Le Temps   
Cessons d'utiliser le Liban comme un slogan

Le Temps :
Comment évaluez-vous les résultats politiques et militaires de cette guerre ?
Ibrahim Kanâane : Cette guerre est une horreur, elle a causé des drames sur tous les plans : économique, humanitaire et social.
Nous avons d'un côté des enfants, des femmes et un million d'immigrés et de l'autre côté une résistance farouche, celle des Libanais et leur unification nationale, sociale et humanitaire.
Ce fut un examen pour le Liban sur le plan de son unification et ce fut aussi un examen plus grand sur le plan du pays lui même : a-t-il su gérer tout cela dans l'étape transitoire qu'il vivait avant la guerre ? Car le Liban se préparait pour reconstruire son système et son ordre politique et économique...la guerre l'en a empêché.

Pensez vous que Hassen Nasrallah s'est déjugé en déclarant qu'il n'aurait pas imaginé une telle réaction de la part d'Israel?
On se rend compte selon les déclarations du sécrétaire général du " Hezb " qu'il a reconnu n'avoir pas eu une lecture et un calcul proportionnel ou conforme à ce qui allait se passer et à la réaction d'Israël.

Voulez-vous dire que vous tenez le Hezbollah pour responsable de ce qui s'est passé ?
Une part de responsabilité incombe au " Hezb " et une autre peut être imputée aux carences du système libanais.
Avec le départ des forces syriennes, la quadrature du cercle " Hezbollah- Amal- Futur et Joumblat ", ainsi que les autres partis n'ont pas eu une vision politique nationale pour cette coalition.
Il y a eu simplement un partage du pouvoir dans un moment historique, essentiel même. On est revenu à la tradition qui était appliquée durant toutes les années précédentes de l'occupation syrienne qui se basait sur un partage du pouvoir sans aucun souci quant à l'avenir. Il ne faut point parler de sélection mais d'un gouvernement selon un programme bien déterminé.

Qu'est-ce qui aurait fait croire au Hezb que le gouvernement aurait pu prendre la décision de ne pas reconstruire le pays avec des intentions pré-établies ? Et à quel dessein le gouvernement ferait -il cela ?
On ne parle pas du gouvernement mais de l'opposition et la machine du Hezb est partout dans le gouvernement. Il n'a pas besoin " qu'on lui siffle " l'information et il est mieux placé que moi pour savoir s'il y aura une reconstruction du pays. Mais cela soulève le problème de la confiance qui est inexistante ainsi que le problème du grand mensonge ayant présidé à la naissance de ce système.
Les erreurs stratégiques qui ont été commises en 2005 furent fatales. On n'a même pas accordé au Liban deux semaines pour réformer son système, le même qui a permis à la Syrie de manipuler le Liban.
Notre but fondamental est de reconstruire le pays, alors que maintenant, on cherche les responsables. Ils le sont tous et c'est une mascarade !

Quelles sont les priorités nationales ?
Il est du devoir de ceux qui veulent la perennité d'un Etat libanais, de dépasser les slogans. Le Liban n'est pas un slogan qu'on utilise pour gagner puis revenir à ses vieilles habitudes. L'Etat s'érige sur un système précis. Il y a un ordre et une constitution au Liban et on doit y revenir ! On doit préferer le principe de l'Etat sur celui du pouvoir et on doit respecter la constitution et la démocratie et on doit construire un Etat et non un pouvoir. Les priorités sont la recherche des personnes disparues, l'étabissement de frontières claires avec la Syrie et la mise en ordre à l'intérieur du Liban
Les partis ont-ils respecté l'accord de " Taef " ? Les priorités commencent par la réparation des erreurs et par l'instauration d'un partage adéquat des responsabilités. Il faudrait aussi améliorer l'état des affaires intérieures et s'entraider.
Est-ce qu'un système politique existe pour que chaque parti le respecte ? NON !
Est-ce qu'il y a une collusion américo-israélienne ? OUI !
Les differents partis doivent alors mettre en place une stratégie et non se baser sur des ambitions.

Que pensez-vous de la résolution 1701 ?
Il est clair qu'elle contient les principes et les éléments de la crise libano-israélienne. Mais aborde aussi les problèmes typiquement libanais. Seulement, il n'existe pas de machine pour pouvoir appliquer la décision 1701. Ils disent qu'elle n'est pas claire, il faudrait alors bien la lire et l'éclaircir selon les avantages propres au Liban. Il ne faut pas se rabattre sur une lecture israélienne ou américaine ou syrienne ou iranienne, mais libanaise.
Or, y a-t-il une seule personne qui ait mis en place une stratégie afin d'appliquer cette loi au Liban comme c'est le cas aujourdui en Israël ?
Comme par le passé, on n'avait pas de projet, aujourdui on n'a pas de lecture.
On est toujours dans la position du receveur, mais après nous avons des différends concernant ce que l'on reçoit.
Il faut établir un agenda libanais clair car sans cela nous dévions des priorités. Cet agenda doit contenir les crimes de guerre commis à l'encontre de notre peuple. Or, aujourd'hui, Israël en rejette la responsabilité sur le Liban. D'ailleurs tout le monde place le Liban aujourd'hui dans le rôle du fautif.
Il ne suffit pas d'apparaître sur les médias, d'être charismatique et de pleurer ! Nous devons organiser des groupes de travail.
Est-ce qu'un suivi existe ? Non !
On a une facette derrière laquelle il n'y a que des paroles.

Est-ce que vous considérez le Liban comme victorieux ?
C'est encore trop tôt pour l'affirmer. Pour le moment, il y a eu une résitance civile et militaire alors qu'on aurait pu être écrasés. C'est déjà quelque chose.
Maintenant, il faut en finir avec la propagande, essayer de construire l'Etat tout en établissant une stratégie claire.

01 septembre 2006    
Le Temps - Hajer AJROUDI
Ibrahim Kanâane, parlementaire et membre du parti " Mouvement National Libre ", présidé par le général Michel Aoun
 
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